Je vous écris un petit mot pour dire que je vais sûrement reprendre l'écriture après cette longue absence. J'en ai profité pour mettre à jour les nouvelles adresses des blogs que j'aime.
A bientôt.
Cass.
Je vous écris un petit mot pour dire que je vais sûrement reprendre l'écriture après cette longue absence. J'en ai profité pour mettre à jour les nouvelles adresses des blogs que j'aime.
A bientôt.
Cass.
L’après-midi défile à toute vitesse. On la passe avec mes potes. Jean-phi complètement admiratif devant le moindre mot de Maximilian. Medhi toujours aussi silencieux et moi, qui regarde défiler les heures sans pouvoir les arrêter. L’angoisse me serrant les tripes à me rendre malade. Je leur ai dit que Max repartait le lendemain. Ce qui est vrai.
***
Il fait sombre. Plus aucune feuille ne traine sur mon bureau. Il fume à la fenêtre. Ni le froid ni le tabac ne peuvent le tuer. C’est moi demain qui mettrais fin à ses jours, une deuxième fois.
Je me suis endormi, assis sur mon lit et quand j’ouvre les yeux, je suis seul et il fait jour. Mes yeux se portent sur mes vêtements. J’ai toujours mes converse aux pieds. Ça n’arrive pas à me faire sourire. Un objet attire mon regard. Sur mon bureau, son stylo, posé en évidence. Dévaler les escaliers pour aller le retrouver ne sert à rien, je sais qu’il n’est pas. Qu’il n’est plus là.
Après une douche et des vêtements propres sur le dos, je suis plus apte à affronter la journée. Je glisse le stylo dans ma poche, attrape mon skate et roule jusqu’à la bibliothèque. Toujours le même cerbère mais plus sympathique qu’au début même si elle fronce les sourcils en voyant ma planche. Si elle savait que je vais gribouiller son précieux manuscrit, elle me sauterait à la gorge.
Le manuscrit. Je pourrais le prendre les yeux fermés. Si ce n’est qu’aujourd’hui je tremble. J’ai envie de faire demi-tour, de ne pas écrire ce putain de mot sur ce putain de feuillet. Je pense à lui puis, d’une main mal assurée, j’écris.
J’écris le mot fin et tout devient clair. Les mots deviennent des phrases. Les phrases deviennent un texte et je comprends enfin.
***
Je regarde mes mains, puis la terre que j’ai commencé à gratter. Désespérément. A main nue. J’ai aussi frotté la pierre où le nom est quasiment effacé. J’ai pleuré aussi. Même si les garçons ne pleurent pas…surtout devant les autres. Finalement je suis rentré chez moi. Seul. Sale.
***
Ma mère n’a fait aucun commentaire en me voyant. Je ne lui ai donné aucune explication. Je suis simplement monté dans ma chambre et j’ai écris. Ce n’est qu’une fois mon devoir terminé que j’ai réalisé. Il faisait nuit. C’était fini.
***
Je me suis endormi, hanté par des rêves qui ne sont pas les miens. Subissant une vie qui ne m’est pas destinée et qui pourtant commence à être mienne. Le bruit du papier que l’on froisse. D’une plume que l’on maltraite sur une feuille raturée. Maximilian écrit. Inlassablement. Je me suis redressé sur un coude. Je regarde sa chevelure négligemment remontée sur sa nuque en un chignon improvisé et tenu par un crayon. Un sourire nait sur mes lèvres mais vite effacé par ses mots.
-J’ai bientôt fini. Tu seras enfin débarrassé de ma vie.
Je ne dis rien, ne sachant pas quoi dire. Aucune insulte ne franchit mes lèvres et ne vient à mon secours pour me donner une contenance. Finalement, je me lève, enfile mes vêtements et descends dans le salon. Il est tôt. J’allume la télé. Je regarde la première connerie que je trouve. Je m’endors devant l’écran.
Une main qui me secoue.
-J’ai fini. C’est en haut si tu veux aller lire.
Je le regarde ébahi.
-Hein ?
Voilà la seule chose intelligente qui franchit mes lèvres.
-Je sors.
-Où ?
Je vois sa silhouette disparaitre sans me donner plus d’information. Je bondis enfin du canapé et commence à sauter dans la pièce.
-Il a fini !!! FINIII !!!
Je lève les bras au ciel en signe de victoire et monte 4 à 4 les escaliers qui mènent à ma chambre. Je vais directement vers mon bureau et m’empare des feuilles. Je ne les lis pas. Je les feuillette vite fait, un sourire de satisfaction sur les lèvres.
-Haaaaaaaaaa…je n’ai plus qu’à recopier et le tour est joué…
Je pousse un hurlement de joie puis revenant à la réalité, je scrute l’écriture de Maximilian.
-Putain, mais c’est quoi ça !!!
J’avais oublié que c’était illisible et il s’est barré en plus. Ma mauvaise humeur légendaire refait surface. Je suis trop impatient pour attendre son retour. Je décide de me rendre à la bibliothèque. La femme qui est là-bas pourra certainement m’aider. Le manuscrit dans une pochette. La pochette sous le bras et moi sur mon skate, je file sur les trottoirs.
Je suis toujours impressionné par le silence qu’il règne là-dedans. Souriant et heureux, je me dirige vers la femme qui bizarrement sourit en me voyant. Je jette rapidement un coup d’œil à ma tenue. Ça va. Je suis comme d’habitude. Qu’est-ce qu’elle a à faire cette tête ?
Plus je m’approche, plus elle sourit et plus j’angoisse de la voir sourire d’ailleurs, c’est elle qui vient à ma rencontre, franchissant les derniers mètres qui nous sépare.
-Vous venez voir la suite n’est-ce pas ?
Je la regarde sans comprendre.
-Vous avez du entendre la nouvelle…venez voir…c’est …c’est…
L’émotion se lit sur son visage. L’incompréhension sur le mien.
-Incroyableeeeeeeeeeee
Sans plus de cérémonie, elle m’attrape par le bras et m’entraine vers les archives. Les vieux documents. D’une main sûre, elle prend le manuscrit de Maximilian. Mon cœur s’arrête de battre.
Je suis devant la table, elle parle, elle parle…je ne capte que quelques mots.
-Vous vous rendez compte…ces feuillets étaient là depuis des d’années….personne ne les avez trouvé…quand je pense que l’on croyait cette œuvre inachevée…et elle est là…n’est-ce pas miraculeux ??
Je baisse les yeux sur les gribouillis de Maximilian. Je tourne les feuilles. Les unes après les autres. Lentement.
-Je vous laisse…c’est fantastique, non ?...quand j’y repense…
Elle me laisse enfin seul, contemplant les feuillets jaunis recouverts de cette écriture illisible.
Un regard pour m’assurer qu’elle est loin. Je prends ma pochette et l’ouvre afin d’en ressortir les feuilles que Max a écrit durant tout ces jours.
Entre mes doigts glissent des feuilles blanches. Immaculées. Si je ne les avais pas rangées moi-même dans cette pochette, j’aurai pensé que l’on m’avait fait une mauvaise plaisanterie.
Je suis planté devant cette table. Incapable de réfléchir. Me retrouvant au point de départ. Juste le temps en moins. D’un mouvement rageur, je referme ma pochette et sans un regard vers la femme, je rentre chez moi.
****
Ma mère est installée sur le canapé avec Maximilian. Ils doivent parler littérature. Moi aussi, j’ai deux mots à lui dire…l’avantage de ne pas avoir à parler, c’est que je peux penser –grouilles-toi de monter- tout en souriant à ma mère.
Il n’est pas monté tout de suite. M’a bien laissé mijoter. M’énerver. Commencer à déplumer et réduire en bouillie touts les objets qui sont passés à ma portée.
-Enfin !!!
Il entre paisiblement. Comme si de rien n’était.
-C’est quoi ce bordel ??? À la bibliothèque…ils ont le manuscrit complet !! Je fais quoi moi maintenant ??
-Tu écris le mot « fin »
-Pardon ?? Tu te fous de moi en plus ?
-Non. C’est la condition pour que je puisse repartir…je dois repartir. Ma place n’est pas ici. N’est plus ici.
Je n’ai pas parlé. J’ai juste senti une boule venir se loger dans mon estomac. Ce genre de truc qui vous dit que vous allez avoir mal.
-Et je dois l’écrire où, ce mot ?
-Sur le dernier feuillet de mon manuscrit.
-Et pourquoi tu ne le fait pas toi ?
Ma voix résonne presque comme un cri.
-Parce que c’est toi qui a ouvert le passage. C’est à toi de le refermer.
Je m’approche de lui.
-Et si je ne veux pas ?
Doucement mes mains caressent ses bras, remontent vers ses épaules, encadrent son visage et l’approchent du mien. Jusqu’à ce que nos bouches se rejoignent. Avides. Tristes. Dans un souffle je murmure :
-Demain ça ira ?...
-Demain sera parfait.
La boule a grossit. Mélange d’angoisse. De peine. De déception. Attendre demain n’est qu’une illusion. Un peu plus de déchirement pour la suite. Mais tant pis. Je ne peux pas le faire aujourd’hui. Je veux le garder encore un peu. Avant qu’il ne parte définitivement.
Je l’embrasse. Mes mains s’emmêlent dans ses cheveux. Puis, je me recule, pose mon front contre le sien.
« Je suis jaloux. Je ne supporte pas les mecs qui te parlent. Qui te touchent. Et ce sentiment est incontrôlable. J’ai l’impression qu’il s’intensifie. C’est insupportable. Ce n’est pas moi, ça. Non, ce n’est pas moi. Il faut que ça s’arrête.»
Mes lèvres sont revenues se poser sur les siennes. Mon corps brûlant de désir.
« Ce n’est pas toi. C’est moi. Mes sentiments. Les ressentis de ma vie antérieure. Toute cette souffrance accumulée. Ces désirs refoulés. La pression sociale. Ma vie quoi… »
« Je veux que cela s’arrête !! J’ai l’impression de devenir fou… »
« Ça s’arrêtera dès que j’aurai fini et que je repartirai »
« Alors dépêches toi d’écrire et de finir ce satané manuscrit»
Je m’éloigne de lui tout en fouillant dans ma poche à la recherche de mon portable.
-Tu fais quoi là ?
Sans le regarder, je réponds, moqueur :
-Depuis quand tu me demandes ce que je fais ?...Tu ne le devines pas ?
Une main s’abat sur moi, saisissant mon portable et l’envoyant sur le bureau.
Aucun son ne sort de ma bouche entrouverte. Trop surpris par cet accès de rage.
-Mauvaise idée. Mauvaise personne.
Toujours muet, mais animé d’un regard froid, je m’approche de mon bureau où je tente de récupérer mon téléphone.
-Va te faire foutre ! Je fais ce que je veux avec qui je veux.
Alors que je pense devoir me battre pour avoir droit de faire ce que je veux, il se recule. Me plante là, sans discuter. Se retourne et va s’assoir au bureau. D’un geste vif, il me balance mon portable. Je le vois s’emparer des feuilles gribouillées. Les lire. Puis, il se met à écrire. Je suis immobile. Je le fixe. Incapable de faire un mouvement. Incapable de partir. De quitter cette chambre que je voulais fuir quelques minutes plus tôt.
Je quitte finalement la pièce, mon skate sous le bras, en claquant la porte.
Il est trop tard pour le Skate Park, alors, je m’éclate sur les trottoirs vides. Jusqu’à ce que mes jambes ne puissent plus me porter. Jusqu’à ce que je sois obligé de rentrer. Fatigué. Exténué.
Je me sens sale et con. Je me sens différent. L’eau qui coule sur ma peau n’y change rien. Après une bonne douche, une serviette enroulée autour de la taille, je regagne ma chambre. Silencieusement même si cela ne sert à rien.
Il est toujours attablé. Noircissant des pages. En jetant d’autres au sol.
Je m’avance doucement. Il a attaché ses cheveux. Je m’approche. Me colle contre lui. Posant mes lèvres sur sa peau. Il a arrêté d’écrire mais n’a toujours pas bougé. Je recule son siège et me glisse entre lui et le bureau. Je dénoue ma serviette qui tombe sur le sol, dévoilant mon érection. Mes fesses se posent sur le bureau. Mes yeux ancrés dans les siens. J’ai envie de sa bouche sur mon sexe. J’écarte les cuisses.
-Suces-moi
Les mots sont sortis sans que je puisse les arrêter. Un sourire se dessine sur son visage qui s’approche de moi. Jusqu’à sentir son souffle chaud sur mon sexe, puis ses lèvres qui titillent le bout de mon gland, relayées bientôt par sa langue. Chaude et humide. Mes mains se posent sur sa tête. Caressant ses cheveux. Me cambrant chaque fois que sa bouche m’aspire. M’arrachant des gémissements. Je m’enfonce en lui. Plus profondément à chaque fois. Ses mains effleurent l’intérieur de mes cuisses. Faisant de légers va et vient jusqu’au fesses. Je suis proche de la jouissance. Sa bouche me rend fou. De plaisir. De désir. D’envie.
Je jouis.
Mon corps se relâche. Je le regarde remonter le long de mon corps. Dégrafer son pantalon. Ouvrir sa chemise et venir m’embrasser.
Je glisse une main dans son boxer. J’attrape son sexe dressé. D’un geste sensuel, je le caresse tout en l’embrassant. Ecartant encore plus mes jambes. Le désir est toujours là. Différent mais présent. Nullement apaisé. Je délaisse son sexe quelques secondes, le temps de descendre son pantalon, puis mes mains se posent sur ses fesses. Je le plaque contre moi. Mes jambes s’enroulent autour de ses hanches. Invitation muette. Je dévore sa bouche. Mordillant sa lèvre inférieure. Mes mains effectuent des mouvements de plus en plus intenses sur son sexe tendu. Ensuite, tout s’enchaine. Ses mains qui m’amènent au bord du bureau. Ses doigts qui s’insinuent en moi. Les gémissements qu’ils m’arrachent. Puis lui. Qui me pénètre. Première fois qui me parait la centième. Mon corps qui réagit à ses coups de reins. Qui se cambre. Qui frissonne. Qui a du plaisir. Des désirs murmurés et étouffés contre sa peau. Contre ma peau. Sa bouche qui mordille mes tétons. Qui parcoure mon épiderme créant des trainées de volupté. Mon sexe durcit par le plaisir qui frotte contre sa peau.
Il s’arrête. Je le fixe. Sans comprendre. Mon regard rivé au sien. Interrogateur. Je reprends ma respiration.
Doucement ses mains dégagent les mèches de cheveux qui sont collés sur mon visage. Je fais pareil avec les siennes.
Même ce geste anodin, me fait frissonner.
-…Rassures-moi… tu ne vas pas t’arrêter… maintenant…
-…Non…
Sa bouche revient sur ma bouche. Sa langue caresse la mienne. Ses mouvements reprennent m’arrachant un cri. Puis un autre. Je les souffle contre sa peau. Dans sa bouche que j’embrasse. Bruits assourdis du plaisir qu’il fait naitre en moi, rythmés par le bruit de nos corps qui frappent l’un contre l’autre jusqu’à la jouissance. Jusqu’au dernier assaut de son corps dans mon corps. Soudain mon sperme se répand sur nos corps. Le sien se déverse en moi. Ma tête se niche dans son cou. Je suis bien.
Je regarde par le hublot. Arnaud écoute de la musique, ses écouteurs rivés aux oreilles. Je souris. Une impression de déjà vu…si ce n’est que cette fois, je ne suis plus animée par les mêmes sentiments. Plus sereine. Plus responsable. Je pose ma main sur sa main, l’emprisonne et l’amène à mes lèvres. Je retourne son poignet pour y déposer un baiser à l’intérieur. Il me sourit. Je lui rends son sourire pour reporter mon regard vers le hublot.
Doucement, l’azur disparait pour faire place à l’image de Greg. Debout devant l’adjoint au maire. Dania à ses côtés, vêtue d’un tailleur parme. Le reste, est flou. Seule la sentence « je vous déclare mari et femme » résonne dans ma tête.
Je n’ai pas pu m’approcher. Ni le toucher. Juste sourire. Anaïs est venue m’aider. Adorable. Digne.
Malgré tout, je ne voulais pas partir comme ça. Le laisser croire que je ne l’aimais plus. Qu’il n’avait plus sa place dans ma vie. Alors, je suis allée vers elle et j’ai simplement dit :
« C’est à vous de prendre soin de lui maintenant. Il s’est toujours occupé de moi. J’ai été sa priorité pendant tellement d’années qu’il en a oublié de vivre. Il est temps qu’il pense à lui et à son bonheur. Vous êtes la personne idéale pour le rendre heureux. Je vous souhaite beaucoup de bonheur »
…
Une main. Arnaud. L’aéroport est en vu…
FIN
« Allez grouille, on est en retard »
Main dans la main, on court. Je suis rentrée en France. Avec Arnaud. Ce n’est pas définitif, juste momentané.
« T’es sûre que c’est là ? »
Je m’arrête, essoufflée, l’obligeant à s’arrêter. Je tente de reprendre ma respiration. Je sors mon portable de mon sac, et regarde pour la énième fois le message de ma grand-mère.
« Ben, oui, c’est là »
On regarde le grand bâtiment. Il commence à entrer mais je le retiens. Inconsciemment mais fermement. Il me fixe.
J’opine de la tête et le suis. Le bruit de mes talons résonne dans le couloir interminable que l’on suit. Puis, dans les escaliers.
Depuis que je suis partie, je n’ai plus jamais reparlé à Grégorie. Je l’ai évité. Je n’ai jamais voulu écouter l’un de ses messages, les effaçant systématiquement. C’est ainsi qu’au fil des jours, au fil des mois, je me suis détachée. Douloureusement. J’ai coupé le cordon qui l’étranglait. L’empêchait de vivre. J’ai fait ce que les parents font quand ils laissent partir leurs enfants, si ce n’est que moi, c’est mon père que j’ai laissé partir.
Avec Anaïs on a passé un accord tacite. Elle ne me parle pas de son fils sous peine de ne plus jamais avoir de mes nouvelles. Mais là, l’accord a été rompu. Elle se devait de m’informer. Libre à moi de venir. Elle a juste insisté sur le fait que mon père voulait que je sois là, à ses côtés.
Je me suis décidée il y 2 jours. Anaïs a réservé les billets d’avion. Me revoilà en France.
Les bruits qui viennent de la grande salle m’indiquent que nous sommes enfin arrivés. Surtout moi. Le bout de mon voyage. Un étrange sentiment. Je regarde sur la porte la plaque en laiton qui brille, qui semble me narguait en affichant en lettres capitales « SALLES DES MARIAGES ».
Les cours donnés et 40 euros en poche, je file à la bibliothèque. Je commence à connaitre cet endroit par cœur et regrette d’y avoir un jour mis les pieds. Je pars à la recherche d’autres ouvrages de Maximilian. Je ne sais pas exactement ce que je cherche. Je suis incapable de comprendre celui qu’il n’a pas fini, alors les autres, s’il y en a, risque d’être un grand mystère aussi. Je découvre des recueils de poésie et l’image de ma mère et son sourire béat me traverse l’esprit. Voilà ce qu’elle lisait. Voilà pourquoi elle le remerciait. Tu m’étonnes ! Il fait de la pub pour ses bouquins. Il ne manque pas d’air. J’ouvre rapidement un livret. Je jette un coup d’œil. Je ne suis pas prêt d’aimer la poésie ni de comprendre. Alors que je m’apprête à le ranger, je m’aperçois que les premières pages sont en fait, une biographie de l’auteur. Je commence à lire. J’apprends qu’il est né le 23 avril 1860. Que personne ne connait le jour exact de sa mort mais seulement l’année. 1880. Il avait 20 ans. Issu d’une famille aristocratique, Lombardi n’est pas son vrai nom. Il s’appelle en fait Maximilian de Bernal-Thullier. Il est comte. Son nom d’écrivain vient de la région d’où sa mère, une princesse italienne, est originaire – la Lombardie- . Ses frasques homosexuelles l’ont éloigné de sa famille.
« Si tu m’avais demandé, je t’aurais répondu »
Je referme le livret d’un geste brusque.
« Tu me suis ma parole ???!!! »
Alors que je vais continuer à l’incendier, je vois apparaitre la tête de la bonne femme qui surveille ce sanctuaire.
« Ça ferme. Vous pourrez revenir cette après-midi »
Je range le livre. Ramasse mes affaires et commence à quitter les lieux en l’ignorant. Je hais ce type.
***
J’avance sans le regarder. Je tente de ne pas penser mais plus je m’acharne à faire le vide, plus les pensées arrivent et se bousculent dans ma tête. Mon portable n’arrête pas de vibrer. Cela s’ajoute à mon énervement. D’un geste vif, je le retire de ma poche. Jean-Phi innonde ma messagerie vocale de messages pour Maximilian. Malgré la folle envie d’envoyer l’engin valdinguer sur le bitume, je me retiens et le donne au principal concerné. Sans le regarder. Toujours. J’accélère le pas. Je ne veux pas entendre leur conversation. Je me barre. Sans réfléchir cette fois. La tête enfin vide. J’avance sans me retourner. Quand je m’arrête enfin, je suis devant chez Medhi. Seul.
Je sonne. Il vient m’ouvrir. Toujours impassible, quelque soit les circonstances. Quelque soit la tête que je tire. Il me laisse entrer. Ni l’un, ni l’autre ne brisons le silence. Comme à notre habitude, on s’assoit par terre. Côte à côte. Je sors mes clopes. Lui en file une. On fume. Ce n’est qu’au bout d’un long moment que je me décide à parler.
« Alors, t’as toujours envie que je t’aide pour ton DS de physiques ? »
« Bien sûr »
C’est comme si la vie revenait. On se lève. On se met au travail. On se vanne. Mon sourire est revenu.
***
Je passe l’après-midi au Skate Park avec Medhi. Je retarde l’heure de rentrer. Mais la pensée de ma mère s’inquiétant pour moi, me fais rejoindre la maison. Même si lorsque j’arrive, je la trouve souriante et loin de s’inquièter pour son rejeton. Un sentiment de haine me traverse. Rageur, je monte dans ma chambre. Je balance mon blouson sur le sol, vite rejoint par mon écharpe et mes gants dans lesquels je shoote rageusement.
« Hunter chéri. Tout va bien ? »
Ma mère est entrée sans que je l’entende.
« Je croyais t’avoir dit de FRAPPER avant d’entrer !! Et OUI, je vais bien. Ça ne se voit pas ? »
Mon ton la surprend. Il me surprend aussi. Je ne lui ai jamais parlé de cette façon.
« Excuse. Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment…Le stress sûrement »
Je m’approche d’elle. La serre dans mes bras et dépose deux gros baisers sur ses joues.
« Le repas est prêt. Je travaille ce soir…Si tu as un souci, tu sais que tu peux m’en parler… »
J’acquisse tout simplement.
Le repas se passe dans la bonne humeur. Je fais un effort pour être agréable. Je ne suis pas sûr que ma mère soit dupe, mais elle se contente de cette façade. Je la vois partir travailler avec soulagement. Je peux tomber le masque.
***
« Pas content de me pourir la vie, en plus, tu accapares ma mère !!! Tu la dragues ou quoi ? »
« Ou quoi… »
« Putain, arrêtes avec ça !! Et ton maudit bouquin, tu vas le finir. Tu vas dégager ?! Parce que là, je sature. »
Je suis retourné chercher mon paquet de clopes dans la poche de mon blouson. En espérant ne pas l’avoir réduit en poussières. Fébrilement, j’en extrais une. L’allume et tire dessus comme un malade tout en m’adossant contre le mur.
« Je ne suis plus moi-même depuis que tu es là »
Aucune colère. Aucune rage. Juste une immense lassitude qui me gagne. Je lève un regard interrogateur vers lui.
« Alors ?... »
Il se rapproche. J’ai bien envie de lui dire que je ne suis pas sourd, mais le sourire qui se dessine sur ses lèvres me fait comprendre qu’il sait déjà ce que je vais dire. J’attends sa réponse qui tarde à venir.
« Alors ?!... »
« …Je suis une enveloppe vide. Vide de vie. Vide de sentiments. Vide de tout ce que j’étais. Mais j’ai besoin de vie et de sentiments pour écrire, alors je les prends là » tout en parlant, il pose sa main sur ma poitrine « Car c’est ici maintenant qu’est mon âme et c’est en toi que je puise la souffrance de la vie qui m’aide à écrire. »
Je ne dis rien. Je finis ma clope. L’écrase dans le cendrier. M’approche de lui et l’embrasse.
C'est Kellyan qui a eu la gentillesse de faire ce
magnifique dessin. Une véritable artiste. J'adore ses dessins. Son blog est dans mes favoris, allez y jeter un oeil. ça vaut le détour.
Les derniers mots de Max tournent dans ma tête et moi, je tourne en rond. C’est une manie, je marche en faisant des cercles et je réfléchis. Du moins, j’essaie. Les pensées tournoient et je
commence à avoir envie de vomir. Je stoppe net.
« Putain, mais c’est quoi ce délire ???…t’as rien d’un fantôme…je n’ai pas eu l’impression de baiser un ectoplasme…d’ailleurs, la baffe que tu m’as filé n’avait rien d’un souffle léger caressant ma joue. Et puis, pourquoi je suis incapable d’écrire une ligne ? De savoir ce que tu as dans la tête, hein ? Pourquoi est-ce que c’est toi qui a tous les avantages et moi rien ?»
« Le privilège de la mort »
Je secoue la tête. Résigné.
« Puisque j’en suis aux révélations Blondinet, je dois t’avouer que ton cul ne m’a jamais intéressé mais c’était tellement trippant de te voir flipper. Je n’ai pas pu résister »
J’ai l’impression de recevoir une autre baffe.
« Desserres les fesses. T’es pas mon genre. Bon, maintenant que la situation est claire, je vais rejoindre Jean-Phi mais j’aimerai revenir dormir ici.»
« Tu faisais comment la semaine dernière ?»
« Je restais chez les mecs que je baisais. Mais, je n’aime pas. Je préférerais dormir ici. »
« …y’a le canapé du salon… »
Il me sourit.
« Bonne soirée Blondinet »
Avant de partir, je le vois prendre mon portable. Appeler JP et se casser comme si de rien n’était.
***
Les mains dans les poches, je déambule. Je tourne en rond. Je m’interroge. Et soudainement, une seule chose s’impose à moi. Revenir à la réalité. A un raisonnement cartésien. Mon DM de physiques. Voilà ce dont j’ai besoin. Quelques instants plus tard, je suis plongé dans la résolution de différents problèmes. Tellement absorbé que j’oublie tout le reste.
La fatigue. Les yeux qui piquent. L’heure tardive.
4h du matin.
Demain j’ai deux cours de maths à donner. Il est temps que j’aille dormir. Avant de sombrer, je pense à Maximilian. Je me demande ce qu’il fait mais je n’ai pas le temps de m’interroger longtemps. Le sommeil m’emporte.
8h00. Le vibreur de mon portable. J’envoie la main pour l’arrêter. Je n’ai pas le temps de trainer. Je n’ai qu’une heure pour me doucher, déjeuner et me rendre chez mon premier élève. C’est ainsi que je gagne mon argent de poche. C’est avec cet argent que je voulais payer Maximilian. Il dort paisiblement. Je ne vois pas son visage. Caché par ses cheveux. En me levant, je peux distinguer de nouveaux feuillets sur le bureau. Il écrit toujours lorsqu’il rentre. Sans m’en rendre compte, j’approche mon visage de ses cheveux. Un parfum s’en dégage. Toujours le même. Il sent bon pour un mec qui s’est envoyé en l’air toute la nuit.
« ‘Cuir de Russie’, Blondinet »
Sa voix me fait sursauter.
« Hein ? P’tin, j’croyais que tu dormais ! »
« Je dormais avant que tes pensées viennent me réveiller. Mon parfum c’est ‘Cuir de Russie’ »
« Connais pas.»
« Il eut été étonnant que tu connaisses. C’était un parfumeur renommé. Nombres de gens célèbres trouvaient leur bonheur dans sa boutique. Il existe toujours. LT Piver. Tu te coucheras moins bête ce soir. »
« Ouais, mais si j'étais toi, j'éviterai de m'énerver. Tu as vu comment ça fini.»
Je ramasse mes affaires et déguerpis de la chambre à tout vitesse et surtout en évitant de penser.
Pour les curieuses...LP Piver existe. J'ai fait des recherches car il me fallait un parfumeur fin 19eme. Si vous voulez avoir une idée olfactive
du parfum de Maximilian, voilà le descriptif...cette composition s’inspire de l’odeur de cuir des bottes de cosaques, imperméabilisées avec de l’écorce de bouleau. La note cuir, envoûtante et
d’une irrésistible élégance, s’accompagne d’accents toniques et hespéridés - mandarine et bergamote- qui déposent sur la peau un voile de fraîcheur. Mais aussitôt des touches boisées et épicées
prennent le relais avant que le miel ne vienne distiller toute sa douceur. Cette fragrance complexe qui se livre discrètement, exhalant au fil des heures toute sa splendeur.
En ce qui me concerne, même sans parfum, Maximilian me fait fantasmer lol
« Nous survolons les Pyrénées »
La voix du commandant de bord commente le paysage.
Arnaud, les oreilles cachées sous son casque écoute de la musique. Moi, le nez collé au hublot, je regarde les kilomètres défilés.
Aéroport d’El Prat.
Je traine mes valises. Ma vie. Mon chagrin. Le tout avec le sourire. Dans deux semaines c’est Noël.
***
Je vis dans un grand appartement avec 9 autres colocataires dont Arnaud. Une vraie tour de Babel. On a déniché un sapin de Noël. Pendant que certains s’activent à le décorer, d’autres se sont mis aux fourneaux.
J’ai opté pour la décoration. Je ne suis pas vraiment un cordon bleu. Anaïs s’est toujours chargée de faire la cuisine.
Anaïs. La maison. Ça me manque. Les odeurs de pâtisserie et d’épices qui flottaient dans l’air. Moi qui piquais un gâteau à chaque passage dans la cuisine et ma grand-mère qui inlassablement disait « Eve ! » à chacun de mes larcins.
Greg que je bourrais de gâteaux en lui disant « Vas-y goûte ! Sont meilleurs que l’année dernière, non ? »
Papi, imperturbable au milieu du bordel ambiant. Tranquillement assis. Lisant le journal et buvant du café.
Le sapin que je décorais, n’oubliant pas de mettre toutes les horribles décorations que j’avais fait enfant, sachant que cela ferait hurler Anaïs avec un sempiternel « Encore ces horreurs ! » auquel papi répondrait « Mais enfin, c’est la petite qui a fait ça pour son père. Tu ne voudrais pas qu’on les jette ? Mets-les ma chérie, ton père les adore »
J’ai l’impression d’entendre leurs voix. Mais ce ne sont que les voix de mes colocs qui me ramènent dans cet appartement qui n’est pas le mien. A fêter Noël avec une bande d’inconnu.
Je laisse les guirlandes et pars dans notre chambre. Besoin de quelques minutes d’isolement.
« Hé, tout va bien ? »
Je fais ‘oui’ de la tête car je sais qu’aucun son ne sortira de ma bouche.
« Je comprends que cela puisse être difficile pour toi. Tu es tellement proche de ton père. C’est la première fois que vous êtes séparés. Mais…en règle générale, les enfants arrivent à résoudre leur Œdipe vers 5/6 ans. Tu en as 19. Il serait temps que tu coupes le cordon, tu ne crois pas ?...J’aime à croire que tu m’as suivi parce que tu m’aimes et non, parce qu’il se marie. Je veux bien être patient. Compréhensif. Mais je ne suis pas ton père. Je ne suis pas son remplaçant. Je suis ton mec. Si tu cherches un ‘papa’, ça va pas le faire. »
Il n’est pas rentré. Il est resté sur le pas de la porte. Sa tirade finie, il quitte la chambre.
Je ne pourrais jamais lui expliquer. Jamais lui parler. Ni à lui. Ni à un autre. Car avec toute la compréhension du monde, jamais personne ne pourra comprendre ni pardonner mon acharnement.
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Minuit. Ouvertures des cadeaux.
Arnaud découvre des clubs de golf. Moi, un bracelet en forme de menotte. Je ne sais pas comment
prendre son geste. Finalement, je lui tends mon poignet et me laisse enchainer.
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